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Saison 1

Une performance 2023/2024
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Dunkerque (FR) - photographie numérique - 2024
Une note d’intention
Engager le corps. Engager l’individu. Engager l’ego. Comprendre l’alentour. Se poser au sol. Cheminer. Faire le lien, relier. Tisser. Dévoiler les tissus. Parcourir et montrer les couches. Documenter l’unicité complexe et évidente.
À peine avons-nous construit un continent, il était déjà dépassé par nos outils. Trop de conflits ont dû empêcher le fonctionnement amoureux de notre union bicéphale.
L’allemand reste le boche.
Je ne sais pas qui je suis. Ils ne me l’ont jamais dit.
Un grincheux sans discipline ? Si peu d’échange.
Nous connaissons quelques nous de l’autre. Mais il en est toujours un autre.
Nous portons chacun un imperméable à peu près étanche.
Heureusement il y a des infiltrations. Quelques gouttes, quelques fissures.
Pourquoi ne pas entrer et refaire ce lien d’avant les frontières – tant regrettées pas Stephan Sweig ?
De l’autoroute à l’aéroport nous avons oublié le voyage. Commençons à reprendre quelques balades, randonnées, expéditions, errances, alentours à un vrai rythme du corps, aidés par un joli outil, la bicyclette.
Comprendre l’Europe des artistes et des écrivains, du Moyen-Âge jusqu’à la fin du XIXème siècle. Engager une boucle, dessiner un drapeau, un chiffon. Sur cette route historique, de Valence à Delft, de Salzbourg à Florence et du Vercors à Chambord, relire l’histoire de la culture. Et trouver aussi sur ce chemin de Paris à Cologne, Turin et Grenoble, la culture de la low tech, un autre pendant de la recherche de l’humanité.
Soixante étapes pour expérimenter la poésie de la rencontre et de la présence de l’autre. Est-il là réellement ? Encore visible en quelques endroits ou est-il déjà et uniquement remplacé par une vignette d’écran Zoom ou une image IA, inventé par un robot pour répondre aux normes de la contrainte de beauté et plaire toujours ? Est-il déjà complètement sous le contrôle de quelques étudiants américains, pas cools et pas jeunes. |
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Renesse (NL) - photographie numérique - 2024
Leonardo da Vinci travaillait dans ses inventions diverses et toujours à relier les fluides de l’imagination. Tout son travail n’est que synthèses pour révéler les proximités de la pensée, de la poésie, de l’écriture des sciences, des processus de création et des processus naturels. L’homme n’invente rien que les lois de la chimie et de la physique n’ont déjà montré depuis la naissance infinie des univers. Ce ne sera que dans l’observation aigüe et profonde du monde, dans la manipulation de tout élément naturel que, comme dans un travail de chlorophylle frottée sur un drap de Giuseppe Penone, nous tirons de la sève et du pigment, les conditions de la création.
C’est dans le chemin que s’engendre le poème.
Je le prends.
Je le rejoindrai.
Je l’écrirai.
Retourner sur les bords de la Loire qui ont vu travailler un des plus grands génie de l’humanité, après avoir tourné en rond en Europe. Après avoir rencontré. Après avoir enregistré des portraits, des paysages. Après avoir écrit des récits poétiques. Après avoir touché. Après avoir été touché. Retourner sur le bord de ce fleuve encore vivant, c’est rentrer avec un fil de pensées d’artisans, d’ingénieurs, de paysans, d’artistes, qui sont, chacun, quelques fragments de temps après le début de la Renaissance, aujourd’hui, autant d’inventeurs de la poésie que le génie du parachute et de La Joconde.
La proximité digitale est une « positivité morte ».
Partir et rouler, rouler et trouver, pour sortir des relations digitales, hors du temps et des distances. C’est chercher la proximité annihilée par les écrans dans nos mains.
Le développement des grands moyens de communication numérique nous fait miroiter un bonheur optimisé et radieux. Celui qui est en expérimentation pour les moins cadres, les moins ingénieurs, les bas potentiels, le bonheur des relations distanciées et des voyages virtuels. Les services sont devenus des marchés de compétitions. La poste ne délivre plus de courrier. Les amphithéâtres des universités sont des espaces vides. Les trains ne sont accessibles qu’avec un appareil digital et intelligent. Les soins médicaux sont opérés par un logiciel. L’artiste, ni le philosophe, ni le poète ne sont plus nécessaires puisque les robots, les IAs inventent, écrivent, conceptualisent, créent. Les contacts directs et même virtuels entre les individus sont obsolètes et inutiles. Nous nous souvenons bien des activités inutiles. Le printemps de 2021 n’est pas loin encore et pourtant nous ne savons déjà plus quand, ni vraiment s’il a eu lieu. Nous avons tous été volontairement internés confinés. Depuis, le tout nouveau normal prend sa forme sans rejet et à peine quelques vomissements muraux contestataires. Les décisions de pilotage sont tellement complexes et demandent tellement de remises en cause. On peut facilement se représenter que nous sommes, tous ensemble, dans ce siècle de globalisation générale, comme ce navire en pleine nuit et à pleine vitesse, il y a cent onze ans à l’approche de l’iceberg. On peut même croire que nous l’avons déjà touché. Alors, les chefs de bords, obtus et effrayés, ferment les portes et les issues de secours. Ils continuent, bornés (les noms ne sont certainement pas anodins), parlent de poésies apprises par cœur, sans esprit sensible sinon un air donné, et continuent leur ouvrage.
Rotterdam (NL) - photographie numérique - 2024
Faire un tour d’Europe ce sera poser la question de savoir s’il y a encore en quelque endroit des individus capables de survivre, de rencontrer et d’accueillir l’inconnu qui arrive chez eux. Est-ce qu’il est possible de rencontrer des semblables qui n’ont pas à demander un avis à un logiciel pour prendre des décisions ? Aujourd’hui les employés ne sont plus remerciés. Aujourd’hui les auto-entrepreneurs sont bloqués par les apps de travail. Il n’y a plus d’écoute de patron ou de collègues. Il y a un software qui est MAJ tous les deux mois, optimisé pour la rentabilité du patron, du propriétaire, des actionnaires, des investisseurs. Certainement pas pour les utilisateurs indépendants qui n’ont d’autre choix que d’espérer avoir les meilleurs shifts. À quatre Euros l’heure. Jusqu’à la mort.
Ce qui semble primordial dans la poursuite de l’enfermement des corps et des esprits, subit, accepté, volontaire, c’est la plus grande peur que nous ayons. La peur de la blessure, de la chute, la peur de la souffrance, de l’insécurité. La peur de la mort. Nous avons conçu, nous utilisons des machines aux intelligences artificielles qui inventent des images numériques et les actions de calculs pour acheter et vendre en bourse au plus vite et au meilleur prix, séparent les plaquettes du plasma, extraient du sang, mesurent l’usure des chaussettes. Tous ces outils rendent les vivants inutiles. Ils s’ajoutent aux efface-poussières et aux éventre-tomates, aux films qui durent cent heures, au défilé infini des Réels. On ne sait même plus quand le cerveau serait indisponible. Demain c’est les soldes ! C’est les soldes toute l’année.
Alors, la tangente.
Il faut quand même chercher un peu pour savoir s’il y a un autre choix que le siphon globalisé. Un tourbillon dans lequel quelques langues et identités se fondent, peu à peu, l’une dans l’autre. Avec douceur parfois, mais souvent plutôt violemment et toujours financièrement. Il y a toujours un marchand et un vendu. Nous avons inventé ce trou noir avant même de n’en avoir jamais vu l’image d’un seul vrai.
Mais nous sommes des animaux sociaux, hors de la compétition dans laquelle il faut éliminer, faire disparaître, quelque ennemi. Mais gentiment, sans doute.
Ou alors, partir quarante jours, jeûner dans un désert. Et après ? S’enfermer dans un monastère.
C’est une autre piste.
Et un petit sillon entre les deux ? Entre le béhémoth et l’ermite ? Entre le diplodocus ou tyrannosaure et le moustique ou le virus ? Avant de retrouver quelques élus, élites narcissiques, Les Furtifs de Damasio sur une planète éloignée à quelques mois de distance, pourquoi ne pas tenter de trouver sur nos territoires connus, originels, dans un délai identique de voyage, quelques pépites, quelques graines, jeunes pousses, frétillements, sauvages et barbares nourricières ? N’y a t’il pas quelques vieilles lumières, des descendants de Léonardo d’ici ou d’ailleurs, qui inventent une vie de raison ?
Une tangente courbe, qui ne cherche pas à fuir à s’éloigner, mais à tisser, à lier.
Une tangente comme une aiguille avec un chas.
Rotterdam (NL) - photographie numérique - 2024
Breda (NL) - photographie numérique - 2024
Ravenshout (NL) - photographie numérique - 2024
La Reid (BEL) - photographie numérique - 2024
Mannheim (GER) - photographie numérique - 2024
Salzburg (AU) - photographie numérique - 2024
Kranjska Gora (SLO) - photographie numérique - 2024
Ravenna (ITA) - photographie numérique - 2024
Busalla (ITA) - photographie numérique - 2024
Bessans (FR) - photographie numérique - 2024
Bonneval-sur-Arc (FR) - photographie numérique - 2024
Rives (FR) - photographie numérique - 2024
Lusigny (FR) - photographie numérique - 2024
Diou (FR) - photographie numérique - 2024
All Photographs © ADAGP - Guillaume Dimanche |
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